Le “spiritual jazz”, ce n’est pas un terme surgit de nulle part, mais le fruit d’une époque inséparable de son tumulte. L’Amérique noire des années 60, entre luttes pour les droits civiques, ferveur mystique et envie de secouer les chaînes. L’album A Love Supreme de John Coltrane fait office de point de départ mythique : c’est le manifeste d’un jazz tourné vers la quête intérieure. Rapidement, une myriade d’artistes s’engouffre dans cette brèche : Sun Ra et ses épopées interstellaires, Alice Coltrane et son approche cosmique du divin, Pharoah Sanders et ses volutes de saxophone comme des mantras, Gary Bartz, Albert Ayler…
Ce jazz brûle d’un double feu : spirituel et politique, libre et ancré dans l’histoire de l’Afrique, fusion des traditions africaines, du gospel, du free jazz, des musiques modales et des rythmes venus d’ailleurs. Ce sont des albums fondateurs, aujourd’hui réédités, samplés, sacralisés :
- John Coltrane – A Love Supreme (1965)
- Pharoah Sanders – Karma (1969)
- Alice Coltrane – Journey in Satchidananda (1971, un peu après mais essentiel)
- Albert Ayler – Spiritual Unity (1964)
- Sun Ra – Atlantis (1969)
La spiritualité s’y exprime en dehors de toute orthodoxie, entre New Age, soufisme, chants afro-américains, et métaphysique spontanée. C’est une musique d’ouverture des mondes, de dialogues entre les continents, portée par d’immenses labels : Impulse!, Strata-East, Black Jazz Records.