Pourquoi ce regain d’énergie autour du jazz spirituel ? On pourrait évoquer une mode passagère, un simple effet revival. Mais ce serait occulter plusieurs facteurs profonds, d’ordre artistique, social et même politique.
Perte de sens et quête d’absolu
Dans un monde saturé d’informations, de conflits, de crises identitaires et écologiques, la musique redevient un territoire de refuge et de ressourcement. Le jazz spiritualiste, par essence, invite à la méditation collective, à la transe, à l’extase sacrée. On recherche dans la musique ce que le monde ne propose plus : rassemblement, catharsis, élévation.
- D’après une étude menée par The Guardian en 2023, 58% des auditeurs de jazz de moins de 35 ans plébiscitent le “pouvoir émotionnel” et “l’aspect méditatif” des nouveaux artistes spiritual jazz.
- La multiplication des playlists “transcendantes” ou “spirituelles” sur Deezer/Spotify traduit aussi un désir collectif de ralentir, s’élever.
Dialogue entre traditions et innovations
Ce renouveau ne doit rien au hasard. Les artistes cités plus haut plongent dans toutes les mémoires : gospel, soufisme, hymnes africains, rituels caribéens, chants hindous, et jusqu’aux mantras électroniques. Résultat : le spiritual jazz de 2020 n’est plus une simple copie du modèle 60s. Il s’envisage comme une musique-monde, poreuse aux influences, qui n’hésite pas à convoquer électroniques, spoken word, percussions mandingues ou chœurs célestes.
- Le label International Anthem (Chicago) défricheuse de la scène, promeut Makaya McCraven ou Angel Bat Dawid, qui réenchantent la transe modale façon afro-futuriste.
- La scène japonaise voit le retour en grâce de figures comme Yasuaki Shimizu, ou les plus jeunes tel Takuya Kuroda, mêlant spiritualité et jazz fusion avec des influences funk et trad’ nippones.