Au fil des années 2000, ces scènes n’ont pas simplement émergé : elles ont irrigué la planète jazz, bousculant Washington, Tokyo, Berlin ou Buenos Aires. On retrouve aujourd’hui leurs échos dans la programmation des plus grands festivals – Jazz à Vienne, Montreux, Monterey – et jusque dans les bandes originales de séries Netflix (cf. la présence constante de sons de London jazz dans “Top Boy” ou “Lupin”).
Ce n’est plus une question de tradition ou de pureté stylistique. Ce sont bien ces points névralgiques, installés dans une capitale ou une ville portuaire, qui, par la force du collectif, le jeu de la scène, la proximité avec la jeunesse des banlieues et le dialogue avec les cultures électroniques, signent la modernité du jazz actuel. Le “son” d’aujourd’hui, c’est celui de la mobilité, des flux migratoires, du choc des langages.
Les scènes locales ont su se saisir de leur histoire, la revisiter, là où ailleurs elle se figeait, pour la transformer en territoire d’expérimentation et de fête. Si le jazz du XXIᵉ siècle reste insaisissable, c’est qu’il se nourrit de la pulsation de ces villes — Londres la rebelle, L.A. la chamanique, Paris la créole, Le Cap la combattante, Oslo la contemplative — et qu’il revendique, plus que jamais, le droit de tout réinventer — ensemble.