Impossible d’évoquer la genèse du jazz-rock sans s’arrêter longuement sur Bitches Brew (1970, Columbia). Aux studios de Columbia, Miles Davis ne dirige plus un sextet classique, il orchestre une véritable ruche : deux batteurs, deux bassistes, plusieurs claviers électriques, guitares distordues, percussions en cascade. Le tout, enregistré en sessions-marathon de trois jours avec Teo Macero à la réalisation, qui va ensuite découper, coller et révolutionner le processus même du disque jazz.
- Ventes : plus de 400 000 exemplaires vendus rien qu’aux États-Unis en quelques années (source : RIAA).
- Récompense : Grammy Award du meilleur album de jazz contemporain en 1971.
- Durée : 94 minutes de dérive sonore sur deux galettes vinyle. Des plages aux allures de jams sans fin, comme « Pharaoh’s Dance » ou le morceau-titre, où la frontière entre composition et improvisation s’efface.
| Album |
Année |
Musiciens clés |
Éléments marquants |
| Bitches Brew |
1970 |
Wayne Shorter, John McLaughlin, Joe Zawinul, Chick Corea, Lenny White, etc. |
Fusion rock, improvisation collective, traitement en post-prod |
| In a Silent Way |
1969 |
Tony Williams, Herbie Hancock, Josef Zawinul, John McLaughlin |
Première incursion électrique, construction en suite, tensions atmosphériques |
| Live-Evil |
1971 |
Keith Jarrett, Gary Bartz, Airto Moreira, Jack DeJohnette |
Jams live, énergie brute, hybridations funky |
Des lignes de basse hypnotiques, des nappes de claviers analogiques, une batterie qui mate plus le funk que le swing : « Bitches Brew » ne ressemble à rien de connu à l’époque. Certains critiques hurlent à la trahison. D’autres, comme le New York Times, entrevoient la naissance d’un monstre bien vivant : le jazz ne tournera plus en rond sur lui-même.