Imaginez l'époque. Les lumières tamisées, la vibration électrique des clubs new-yorkais, le grondement des amplis Fender. À l’aube des seventies, le jazz semble prêt à tout dévorer. Les hommes et femmes qui avaient érigé des cathédrales d’harmonies dans les années 1960 — Miles, Coltrane, Herbie — murmurent déjà une nouvelle langue. La mélodie des temps change : les murs entre musiques s’effritent, les continents sonores se rapprochent, et la fusion s’impose comme un souffle d’air neuf, renversant tout sur son passage.
La décennie s’ouvre sur une frustration : le public du jazz vieillit, la révolution rock explose dans les stades, et la jeunesse danse ailleurs. Pour survivre (et surtout, pour continuer d’innover), le jazz doit absorber la sève du monde. L’Amérique bruisse, l’Afrique résonne, et la technologie arrive, apportant avec elle les synthétiseurs, les pédales wah-wah et les possibilités nouvelles d’expression.