Le vent souffle fort dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, mais la déflagration du hard bop va bientôt irriguer tout le pays. Des labels plus modestes ou spécialisés vont prendre le relais des géants Barclay/Vogue, misant parfois sur les jeunes pousses, parfois sur les exilés venus d’outre-Atlantique.
Pathé-Marconi : le géant discret à la croisée des influences
Moins révolutionnaire peut-être, Pathé-Marconi (future EMI France) joue les courtiers du jazz international, distribuant nombre de références américaines en Europe. Ce rôle de relai – pourtant crucial – permet à la majeure partie des sorties Blue Note, Prestige ou Riverside (autres labels cultes du hard bop) de passer entre les mains du public européen.
- Distribution massive de Art Blakey, Horace Silver, Cannonball Adderley…
- Edition de compilations spécifiques pour le marché français, rendant le hard bop accessible hors cénacles spécialisés.
C’est la preuve que la diffusion passe parfois aussi par le simple relais commercial, à condition que l’oreille soit curieuse et exigeante.
Swing / Jazz Selection : Les plateformes d’ouverture
Dès 1948, le label Swing (créé par Charles Delaunay, cofondateur de Jazz Hot) documente la modernité du jazz francophone, et, via ses ramifications (Jazz Selection), accueille les visages européens du hard bop à la fin des 50’s et début 60’s. C’est là qu’on trouve, par exemple :
- Sous le nom Jazz Sélection, l’accueil de sessions européennes et françaises qui naviguent entre modern jazz et hard bop.
- Des coéditions ou licences avec des labels américains pour diffuser sur toute l’Europe des artistes hard bop (source : Dictionnaire du Jazz, Bouquins, 2011, p.736).
La passion de Delaunay a permis de capter des moments charnières, à mi-chemin entre modernité radicale et héritage swing, souvent dans la confidentialité… mais toujours avec cette envie d’ouvrir une fenêtre sur la création.