Pour saisir cette rencontre, il faut plonger à la source : Londres. La capitale anglaise est – depuis les années 1990 – le laboratoire le plus bouillonnant de ces hybridations. Dans ce creuset multiculturel, des collectifs comme Bugz in the Attic (pionniers du broken beat) ou des nuits comme celles du Plastic People (berceau de la scène UK garage) ont ouvert grand la porte au mélange.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2000 et 2010, le taux de fréquentation des clubs londoniens spécialisés dans les musiques électroniques a bondi de 30% (source : The Guardian, 2012), amenant avec elle une génération de musiciens curieux de croiser sampleurs et instruments live. C’est dans cette effervescence que naissent les premiers ponts publics entre jazz et clubs : le Rebirth Collective de Kaidi Tatham, les jams hybrides de 4hero, ou encore l’incursion de Gilles Peterson sur BBC Radio 1 qui diffuse côte à côte Herbie Hancock et MJ Cole.
Le broken beat : l’ADN du “London Sound”
Le broken beat, c’est ce groove saccadé, presque bancal, typique du quartier de West London. Il explose dans les années 2000, nourri des rythmes syncopés du jazz fusion, de la soul, du funk. Cet alliage donne une cadence swing, mais motorisée au séquenceur et à la MPC. Des figures comme Dego (2000Black), Domu ou IG Culture émergent, samplant des lignes de basse de Ron Carter, triturant des harmonies à la Chick Corea, mais toujours à la recherche de ce quelque chose en plus : la danse.
L’album Forward de Bugz in the Attic (2006) se pose ainsi comme une pierre angulaire de ce futur jazz. En 2017, la BBC signalait que le broken beat, via son retour dans les sets et les lives jazz-funk, était un élément-clé du renouveau jazz en Angleterre (BBC Music).