Au-delà de la fusion et du partage de codes, ce que le jazz et le gnawa tissent, c’est une véritable philosophie de la libération musicale. D’un côté, le jazz porte la révolte des opprimés et la quête de transcendence à chaque chorus. De l’autre, le gnawa inscrit la guérison collective et la fête dans la chair de la nuit et du désert.
Ce sont des musiques qui n’ont pas peur du voyage, de la mutation, du dialogue permanent. Dans un monde où l’on voudrait enfermer chaque création dans une boîte, jazz et gnawa rappellent que la musique appartient à ceux qui osent franchir les frontières pour inventer des mondes. Quand le guembri vibre dans le creux du groove et que les cymbales s’abandonnent à la transe, c’est toute une mémoire qui se réveille, un futur qui s’invente.
La prochaine fois que vous mettrez sur votre platine un vieux vinyle de Pharoah Sanders ou un live flamboyant du festival d’Essaouira, tendez l’oreille : vous entendrez les ponts invisibles, les saluts complices, l’appel d’un monde à la fois ancien et à venir. Ce monde, il est à bâtir, disque après disque, jam après jam. Et il commence toujours, quelque part, entre un battement de main et une envolée de sax.