C’est une histoire de ponts. Les pionniers du jazz ne s’y trompent pas : Jelly Roll Morton confesse en 1938 que “le Spanish tinge doit toujours être-là, que ce soit dans le ragtime ou le jazz” (Library of Congress). C’est son langage pour parler de cette pulsation venue de Cuba, de Porto Rico, d’Haïti. Plus tard, Mario Bauzá et Machito jettent un pont entre mambo et bebop à New York. Dizzy Gillespie, touché par Chano Pozo, imagine un nouveau jazz afro-cubain avec “Manteca” dès 1947.
On oublie souvent la part prise par les Antillais dans cette histoire. Ernest Léardée, clarinettiste martiniquais, impose la biguine en métropole dans les années 1930, et plus tard, le trompettiste Alain Jean-Marie mêle avec grâce le bèlè et le swing dans “Biguine Reflections”. Les musiciens caribéens trouvaient aussi leur place à Harlem, comme le saxophoniste saxophoniste Sonny Stitt (fils de Barbadiens) ou Wynton Marsalis, héritier d’ancêtres haïtiens.
Aujourd’hui, le flambeau est bien vivant. Des albums comme Creole Soul du trompettiste trinidadien Etienne Charles proposent un jazz caribéen du XXI siècle, métissant tradition et modernité. Les collectifs anglais Steam Down et Kokoroko, au cœur de la renaissance jazz de Londres, puisent dans les rythmes caribéens et africains, modelant de nouvelles textures dans le jazz d’aujourd’hui (The Guardian).