Difficile d’ignorer le séisme provoqué par “Jazzmatazz Vol.1”, le projet solo du MC Guru (du duo Gang Starr), sorti en mai 1993. Guru ne se contente pas de rapper sur du jazz samplé – il invite Donald Byrd, Courtney Pine, Ronny Jordan, Branford Marsalis, ou encore N’Dea Davenport pour des sessions où les beats hip-hop et les improvisations live se confondent (voir The Guardian, 2019). Un manifeste. En studio, le jazz se laisse happer par la modernité, brisant l’opposition entre live et sample pour mieux créer un nouvel objet sonore, hybride, ouvert.
“Jazzmatazz” est de ces albums-passerelle. Il prouve que le sampling peut être geste créatif et non pillage, gouache vivace plutôt qu’emprunt stérile. Derrière Guru, toute une génération va s’engouffrer dans la brèche : Buckshot LeFonque, US3 (“Cantaloop”, 1993, samplant le “Cantaloupe Island” d’Herbie Hancock sous licence Blue Note), ou plus tard Robert Glasper, père d’un “Black Radio” (2012) héritier direct de cette décennie-là.