Dire que les années 1930 ont bouleversé la chanson jazz, c’est faire passer l’orage pour une brise. Il suffit d’écouter un enregistrement vinyle, de fermer les yeux et de se laisser happer : la magie agit, furieuse et d’un autre temps. Mais qu’ont donc créé les Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Billie Holiday, Ethel Waters, ou Cab Calloway qui continue, un siècle plus tard, d’irriguer le jazz vocal expérimental ?
Tout commence avec un frisson d’audace : la voix fait irruption au premier plan, alors qu’elle n’était qu’une invitée polie dans l’orchestre de la Nouvelle-Orléans. Soudain, elle se met à scattériser (le scat !), à swinguer, à raconter, à improviser. Ces artistes révolutionnent la technique vocale, la posture du chanteur et la dramaturgie de la chanson, un cocktail qui fait basculer tout le jeu. La radio explose, le disque 78 tours aussi : chacun veut sa voix sur la platine. La chanteuse de jazz devient vedette et le chanteur n’est plus simple crooner, mais véritable explorateur sonore.