Derrière chaque sample de Makaya McCraven, il y a la mémoire d’un jazz qui a, depuis longtemps, flirté avec la relecture et la citation. Mais alors que les pionniers des années 50-60 s’adonnaient à l’arrangement et à la réinterprétation du standard, McCraven pousse la logique plus loin en intégrant tout l’appareillage électronique et logiciel du beatmaking post-âge d’or du hip-hop.
Dans Universal Beings (2018) – quadruple album enregistré à Chicago, New York, Los Angeles et Londres – la playlist devient carnet de voyage, et chaque ville insuffle son langage : l’éthio-jazz de Nubya Garcia à Londres, le spiritual jazz d’Anaïs Maviel à New York. Ce projet a d’ailleurs rencontré un succès critique spectaculaire :
- Plus de 15 000 copies vinyles vendues en trois ans, record pour le label International Anthem (Bandcamp Daily).
- Album couronné d’une place dans les meilleurs disques de l’année par The New York Times, Pitchfork, Rolling Stone.
- Compilation et diffusion mondiale sur les plus grandes scènes jazz et électro.
Chaque échantillon, chaque collage, est une conversation avec l’histoire : sampler Archie Shepp ou Sun Ra, c’est dialoguer avec les fantômes et les vivants, le patrimoine et l’avant-garde. McCraven ne “vole” pas, il “relie” – et dans cette démarche, la production devient un acte d’anthropologue-musicien.