De Gil Scott-Heron à The Last Poets : l’âge des manifestes
Difficile de parler de spoken word jazz sans rendre hommage à Gil Scott-Heron ou The Last Poets. Sur "The Revolution Will Not Be Televised" (1970), Heron injecte la rage urbaine dans un groove jazz-funk, tandis que The Last Poets (dès 1968) frappent avec une énergie quasi punk. Cette fusion, longtemps perçue comme subversive, réveillait le jazz et ouvrait la porte à des formes plus libres, dénonciatrices, où le texte s’empare du lead.
Le spoken word devient alors :
- Un relais d’actualité sociale (de la lutte afro-américaine aux combats LGBTQ+),
- Un terrain d’explorations phonétiques, entre scansion et incantation,
- Un liant, permettant de faire dialoguer jazz, funk, hip-hop et électronique.
Selon le Smithsonian National Museum of African American History and Culture, c’est cette hybridation qui a permis au jazz de rester "contemporain et contestataire", tissant un fil direct des poètes beat aux rappeurs et slameurs d’aujourd’hui (Dawn of Black Poetry).
Les poètes-musiciens : figures charnières d’hier et d’aujourd’hui
C’est là que le jazz hybride explose : Jayne Cortez, Amiri Baraka, puis plus tard Mike Ladd et Anthony Joseph, repoussent la frontière musique-parole. Leurs disques, entre spoken word, free jazz et groove caribéen, proposent des performances fiévreuses, poétiques et fondamentalement politiques. En 2023, Anthony Joseph remportait le Prix International de poésie Poésy pour son livre-album "Sonnets for Albert", preuve que la greffe continue de prendre.