Rotterdam. Lieu de flux, de cargaisons venues de partout, de ces allées et venues qui ont, dès les années 70, fait du port néerlandais le théâtre idéal pour une musique sans frontières, insolente d’inventivité : le jazz fusion. Le North Sea Jazz Festival naît en 1976, dans la moiteur de juillet, avec à peine 9 000 spectateurs mais une ambition déjà vaste comme l’estuaire du Maas. L’idée de Paul Acket, éditeur passionné et défricheur insatiable, est simple : provoquer la rencontre, ne pas séparer, faire cohabiter les traditions, les avant-gardes, les élans électriques, les battements du monde.
Dès ses premières éditions, le festival se distingue par sa programmation vertigineuse : Count Basie, Stan Getz, Ray Charles, Sarah Vaughan – mais aussi, et c’est là le génie de l’événement, Weather Report, Herbie Hancock, Chick Corea. Dès le départ, la fusion n’est pas la petite sœur tapageuse du jazz traditionnel, mais sa partenaire de danse. En l’espace de quarante ans, le festival embarque tout le monde : 15 000 à 25 000 visiteurs quotidiens aujourd’hui (source : Site officiel du North Sea Jazz Festival), plus de 1 200 musiciens, 150 concerts sur une dizaine de scènes. La démesure dans la cohérence.